
Joseph Nasr est architecte DPLG, docteur en philosophie et enseignant-chercheur, membre de l’équipe d’accueil GERPHAU (Philosophie, Architecture, Urbain) de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette. Son parcours se déploie à l’intersection de l’architecture, de la philosophie et de la théorie du projet, selon une réflexion consacrée aux modalités de l’habiter et aux formes de notre relation sensible et éthique à l’espace. Ancien chef du département d’architecture de l’USEK, il enseigne aujourd’hui dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur. Ses recherches portent sur les fragilités des milieux habités, les processus de ruine et de disparition, ainsi que sur les conditions d’élaboration d’une éthique de l’habiter à l’ère de l’Anthropocène. Nourrie par une approche phénoménologique, sa pensée interroge les possibilités d’un « habiter autrement » et d’un « aménager autrement » nos milieux. Auteur de plusieurs ouvrages, dont le plus récent, Anthropophagie de la ville (2026), il développe une analyse critique de la ville contemporaine, de ses métamorphoses, de ses vulnérabilités et des formes d’appropriation qui la traversent. Cette réflexion se prolonge aujourd’hui dans un nouveau chantier théorique consacré à l’expérience cutanée de l’habiter. En mobilisant la mémoire immunitaire, somatique et affective de la peau, il fait de la cutanéité une métaphore opératoire permettant de penser les lieux comme une peau élargie : une membrane sensible où s’inscrivent, se conservent, se réactivent, se modulent et parfois se cicatrisent les traces du vivant. Les espaces habités apparaissent ainsi comme des surfaces de résonance, porteuses de mémoires, de vulnérabilités, de résonances et de potentialités de réparation.
Réseaux sociaux
La ville n’est plus un lieu où l’on vit : c’est un estomac géant qui nous digère, nous recrache et se nourrit de nos propres ruines. Et si, demain, habiter revenait à apprendre à danser avec le monstre plutôt qu’à disparaitre dans ses entrailles ?
Ses contributions
Jeudis de la recherche – Jeudi 02/04/2026
Sujet : Corps, matière et innovation
La ville contemporaine n’est plus un simple espace habité, mais un corps anthropophage, un organisme qui dévore, absorbe et recompose les individus, les territoires et les formes urbaines. Cette métaphore de l’anthropophagie urbaine révèle une dynamique barbare où la ville, comme un être insatiable, incorpore et détruit ce qu’elle englobe. Elle n’est plus seulement connectée, mais traversée par des logiques de consommation et d’autodestruction, oscillant entre puissance créatrice et fragilité existentielle. Cette dévoration prend plusieurs visages. D’abord, la ville se dévore elle-même : expansion indéfinie, homogénéisation des paysages, et effacement des mémoires locales au profit d’une urbanité générique. Les centres-villes deviennent des espaces muséifiés, aseptisés, réservés à une élite, tandis que les périphéries s’étendent en continuums urbains illimités, phagocytant les territoires. Ensuite, la ville dévore ses habitants : entre gentrification, clubisation (espaces privatisés pour consommateurs captifs) et médicalisation (logique aseptisée de l’hôpital-citadelle), elle transforme les citoyens en corps contrôlés, réduits à des fonctions économiques ou biologiques. L’esthétisation de cette barbarie masquerait-elle une disparition programmée ? Les mégalopoles, avec leurs gratte-ciels démesurés et leurs centres commerciaux-temples, incarnent une démesure où l’architecture devient machine à consommer, détachée de toute fin humaine. Même les villes augmentées, hyperconnectées et technicisées, ne font qu’accentuer cette aliénation : le citoyen y devient un zombie numérique, vivant dans des réseaux sociaux plus émouvants que la réalité. Pourtant, cette monstruosité urbaine n’est pas une fatalité. Elle révèle une tension dialectique entre destruction et régénération, entre fragilité et puissance. La ville, comme un cœur battant, oscille entre merveille et terreur, invitant à repenser notre manière d’habiter – non plus comme des proies dévorées, mais comme des acteurs conscients de cette métamorphose permanente.
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Les webinaires DN MADE – Mardi 26/09/2024
Sujet : La maison, de la cave au grenier
Dans cette conférence intitulée « Entre cave et grenier, à l’épreuve de notre invité contemporain », Joseph Nasr interroge la maison comme lieu existentiel, symbolique et sensible. En s’appuyant notamment sur Gaston Bachelard, il oppose la cave, espace de l’enracinement, de l’obscurité, des peurs et de l’inconscient, au grenier, lieu de l’élévation, du retrait, de la rêverie et de la verticalité. La maison devient ainsi une image de l’être intérieur, prise entre profondeur terrestre et aspiration vers le ciel. e propos dépasse toutefois la seule poétique de l’habitat. Il critique l’architecture contemporaine dominée par le regard, les écrans et la séparation du corps sensible d’avec le monde. Face à cette perte de contact, l’auteur appelle à « toucher terre » : prendre soin du sol, des matières, du vivant, des traces, des gestes et des mémoires. Habiter ne signifie plus seulement se protéger, mais faire monde avec la terre, les autres, les végétaux, les animaux et les matériaux. À travers de nombreux exemples – maisons, chapelles, crématoriums, villages troglodytiques, pavillons, musées ou thermes – il montre que l’architecture peut redevenir une expérience corporelle, sensorielle, éthique et collective. La cave, le grenier, le seuil, la table, la porte ou le nid composent une géographie intime de l’habiter. Le message final est clair : construire ne peut plus se réduire à produire des formes ou des images ; il s’agit de retrouver une manière d’exister avec intensité, bienveillance et responsabilité sur la terre.
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| webinaire DN MADE | grande thématique | date |
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| La maison, de la cave au grenier | Métiers d’art, patrimoine et culture matérielle | 26/09/2024 |
| Jdr | grande thématique | date |
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| Corps, matière et innovation | Métiers d’art, patrimoine et culture matérielle | 02/04/2026 |
| titres & spécialités | thèse | soutenue EN |
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| Architecte et PhD en philosophie | Le Rien en architecture, l’architecture du Rien : penser le « Rien », exister le « Rien », le « Rien » est une pensée | 2009 |